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Fed : le statu quo est anticipé, la communication reste à clarifier
information fournie par Carmignac 17/06/2026 à 08:44
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Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

Kevin Thozet, membre du comité d’investissement de Carmignac (Crédits: Carmignac)

Par Kevin Thozet, membre du comité d'investissement, Carmignac


La Réserve fédérale américaine (Fed) devrait, sans surprise, maintenir ses taux directeurs inchangés dans la fourchette cible de 3,50% et 3,75%. L'intérêt de cette réunion réside donc moins dans la décision elle-même que dans la première conférence de presse de Kevin Warsh en tant que président de la Fed.

A ce stade, l'économie américaine ne présente guère les caractéristiques d'une économie nécessitant un assouplissement monétaire. Les indicateurs d'activité pointent vers une croissance du PIB proche de 3,3% pour le trimestre en cours, suggérant même une possible réaccélération de l'économie. Dans le même temps, l'inflation reste sensiblement supérieure à l'objectif de la banque centrale, à 4,2% sur un an pour l'indice global et 2,9% pour l'inflation sous-jacente. Cela fait désormais plus de cinq ans que l'inflation n'a pas atteint son niveau cible de 2% de la Fed.

Le marché du travail reste résilient avec près de 190 000 créations d'emplois mensuelles en moyenne au cours des trois derniers mois. Quant à l'ISM des services, il se rapproche de 55,4, un niveau historiquement cohérent avec des phases d'expansion économique.

Et pourtant, derrière cette apparente robustesse, la croissance américaine repose sur un nombre limité de moteurs : l'investissement dans les technologies liées à l'intelligence artificielle et la hausse des marchés actions, eux-mêmes alimentés par la course à l'intelligence artificielle. Ces deux moteurs sont étroitement liés et demeurent particulièrement sensibles à une remontée des taux longs, que ce soit à travers un coût du capital plus élevé ou une pression accrue sur des valorisations déjà exigeantes.

Dans ce contexte, la perspective d'un « deal » et de réouverture du détroit d'Ormuz intervient à point nommé (même si cette promesse a été répétée à de nombreuses reprises depuis le début du conflit sans véritable concrétisation).

Les prix du pétrole ont reculé de près de 44 dollars par baril depuis la réunion de la Fed d'avril, soit une baisse d'environ 35% ; une évolution bienvenue alors que les tensions énergétiques ont considérablement accru l'incertitude entourant la trajectoire de l'inflation.

Pour autant, le risque de voir ces tensions se diffuser plus largement n'a pas totalement disparu. La demande intérieure reste vigoureuse et demeure susceptible d'alimenter des effets de second tour, d'autant que les enquêtes menées auprès des ménages comme des entreprises continuent de signaler une remontée des anticipations d'inflation.

Dans ce contexte, le maintien des taux directeurs à leur niveau actuel demeure le scénario le plus probable. Les marchés se sont d'ailleurs progressivement rangés à cette hypothèse. Depuis le déclenchement de la guerre d'Iran, les anticipations de baisse de taux se sont nettement érodées, au point que les investisseurs accordent désormais des probabilités quasiment équivalentes à un nouveau tour de vis monétaire qu'à celui d'un assouplissement de la politique de la Fed. En pratique, ce qui revient à anticiper une Fed inchangée jusqu'à la fin de l'année. Une hypothèse qui peut paraître relativement accommodante au regard d'une croissance nominale toujours proche de 6%.

Paradoxalement, alors même que le nouveau président de la Fed est un critique de longue date du "forward guidance" et du "dot plot", celui-ci devrait néanmoins être publié avec un biais accommodant nettement atténué. La projection médiane du FOMC intègre encore une baisse de taux en 2026 et deux assouplissements supplémentaires d'ici fin 2027, mais ces anticipations pourraient être revues à la hausse.

La conférence de presse pourrait finalement revêtir davantage d'importance que la décision de politique monétaire elle-même. Au-delà des commentaires de Kevin Warsh sur l'intelligence artificielle, les gains de productivité ou encore le marché du travail, les investisseurs chercheront avant tout à déterminer quelle orientation entend adopter le nouveau président de la Fed. Kevin Warsh restera-t-il fidèle à la rigueur du faucon monétaire qui a forgé sa réputation, ou choisira-t-il d'assouplir son discours et son action, au point d'incarner cette colombe machiavélique que certains voient déjà dans le candidat porté par Donald Trump ?

C'est précisément là que le raisonnement se heurte à une difficulté : le niveau des taux longs américains. Malgré une croissance économique robuste, une inflation persistante et toujours supérieure à sa cible, des déficits budgétaires considérables et les interrogations entourant l'indépendance future de la banque centrale, les rendements des obligations souveraines américaines à dix ans demeurent étonnamment modérés.

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